Le mandamus est un recours légal qui peut obliger les autorités de l'immigration à prendre une décision lorsqu'une demande est restée en suspens pendant trop longtemps. Cependant, la Cour fédérale n'accorde pas facilement le mandamus, qui est considéré comme un recours extraordinaire.
Si vous attendez une décision en matière d'immigration au Canada et que vous envisagez une demande de mandamus, il est important de comprendre les facteurs clés qui influent sur vos chances de succès. Ce billet de blog analysera ces facteurs en langage clair, à l'aide d'exemples tirés de récentes affaires judiciaires, afin de vous aider à déterminer si votre situation peut justifier une ordonnance de mandamus.
Qu'est-ce qu'une demande de mandamus pour les retards en matière d'immigration ?
Un bref de mandamus (latin pour « nous commandons ») est un ordre du tribunal adressé à un représentant du gouvernement pour qu'il s'acquitte de ses fonctions, c'est-à-dire pour finaliser une décision concernant votre demande d'immigration.
En matière d'immigration canadienne, les personnes envisagent généralement un mandamus lorsque leur demande est en attente depuis un délai déraisonnable sans décision. La Cour fédérale déterminera si le délai est vraiment déraisonnable et si le demandeur répond aux critères juridiques applicables au mandamus (par exemple, s'il a fait tout ce qu'il devait faire et qu'il n'existe aucun autre recours adéquat).
L'accent est mis ici sur les délais. L'attente est-elle si excessive et injustifiée que le tribunal devrait intervenir ?
Important : Le mandamus n'ordonnera pas au gouvernement d'approuver votre demande, il impose simplement une décision (qui peut toujours être une approbation ou un refus). C'est un moyen d'obtenir un résultat alors que vous attendez bien au-delà des délais normaux, et non la garantie d'un résultat positif.
Facteurs clés qui influent sur le succès du mandamus
Chaque cas est unique et il n'existe pas de norme uniforme pour ce qui est considéré comme un délai déraisonnable. La Cour fédérale a souligné que « chaque demande de mandamus dépend de faits qui lui sont propres ». Cependant, à travers diverses décisions, les tribunaux ont identifié plusieurs facteurs clés qui déterminent généralement le succès d'une demande de mandamus. Il s'agit notamment de :
- Le durée vous avez attendu (et comment cela se compare aux délais de traitement normaux pour votre type de demande).
- Le explication (ou absence d'explication) expliquant le retard invoqué par les autorités de l'immigration.
- L'impact ou préjudice le retard vous cause (en quoi l'attente vous fait du mal).
- Qui est responsable du retard - si le blocage est du côté du gouvernement ou est dû à quelque chose du côté du demandeur.
Examinons chacun de ces facteurs tour à tour, à l'aide d'exemples tirés de récentes affaires de la Cour fédérale. Vous pouvez en savoir plus sur le test de mandamus complet ici, mais c'est vraiment ce qui détermine les retards dans les demandes d'immigration dans presque tous les cas. Les liens vers les différents cas sont fournis ci-dessous.
Durée du délai : quelle est la durée trop longue ?
Le temps que vous avez attendu est un point de départ évident. En général, plus le délai est long, plus le tribunal est susceptible de le considérer comme potentiellement déraisonnable, mais il n'y a pas de limite fixe. Les tribunaux ont refusé de fixer un calendrier unique pour ce qui constitue un délai déraisonnable. Ils comparent plutôt l'attente au contexte, comme les délais de traitement habituels et les spécificités de votre dossier. Par exemple, un retard de quelques mois au-delà de la norme ne sera probablement pas considéré comme déraisonnable, alors que des retards s'étendant sur plusieurs années soulèvent souvent des signaux d'alarme.
- Délais plus courts (par exemple environ 1 à 2 ans) - Les tribunaux reconnaissent que les processus d'immigration peuvent être lents et que même des délais d'un an ou deux peuvent être considérés comme acceptables dans de nombreux cas. Dans Bidgoly, un retard de traitement d'environ quatre ans était à l'étude. Le tribunal a noté qu' « il n'existe pas de norme uniforme » [Bidgoly, par. 33] et chaque cas dépend des faits qui lui sont propres. Dans la pratique, un délai de deux ans ne se traduira pas nécessairement par une ordonnance de mandamus. Par exemple, dans un cas de 2025 [Chéloï, paragraphe 23], un demandeur avait attendu environ 18 mois avant qu'une décision soit prise. Bien que ce délai soit supérieur à la durée moyenne affichée, le tribunal a estimé que le délai était « long, [mais] non déraisonnable » compte tenu des circonstances. Le demandeur était originaire d'Iran et avait fait son service militaire au sein des pasdaran (Gardiens de la révolution iraniens), ce qui a rendu les contrôles de sécurité plus complexes. Les dossiers montraient que les agents de l'immigration traitaient activement le dossier. En résumé, un délai modéré peut être justifié si l'affaire est complexe ou sensible sur le plan de la sécurité et si des progrès sont réalisés.
- Dépassement des délais de traitement publiés - Les demandeurs citent souvent les estimations des délais de traitement publiées par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) (par exemple, « 80 % des cas en 12 mois »). Cependant, la Cour fédérale a clairement indiqué que le dépassement du délai affiché ne suffit pas en soi à prouver un retard déraisonnable. Dans Jia au paragraphe 21, le juge a déclaré que le fait que la demande ait pris plus de temps que prévu sur le site Web ne justifie pas « en soi » « la dispense extraordinaire du mandamus ». Chaque dossier est différent, et ces délais de traitement en ligne sont des moyennes ou des objectifs. Il ne s'agit pas de délais légaux. Ainsi, même si une attente beaucoup plus longue que celle annoncée peut étayer votre argument de mandamus, vous avez besoin de bien plus qu'un simple manquement à la norme de service (par exemple, le temps de traitement en ligne) pour obtenir gain de cause devant le tribunal.
- Délais très longs (3 ans et plus, par exemple) - Lorsque les délais s'étendent sur de nombreuses années, les tribunaux sont de plus en plus sceptiques quant aux excuses du gouvernement. Dans Jaballah, une demande de parrainage conjugal est restée en suspens pendant près de 7 ans, alors qu'elle devait être traitée en 15 mois environ. Le tribunal a qualifié ce délai de « déraisonnable et injustifié » et a émis une ordonnance de mandamus donnant au ministre 120 jours pour finaliser la demande. Dans un autre cas, Sowane, la demande de résidence permanente d'un père et de son fils était en cours de traitement depuis 59 mois (près de 5 ans). Le tribunal n'a trouvé « aucune justification satisfaisante » à ce délai de 59 mois [paragraphes 25 à 27] et a conclu qu'il n'était pas raisonnable. Ces exemples montrent que des délais pluriannuels, en particulier bien au-delà des délais habituels, justifient fortement un mandamus.
Cependant, même en cas de longues attentes, le contexte est important, ce qui nous amène au prochain facteur crucial : pourquoi cela prend-il si longtemps ?
Explication du retard : y a-t-il une bonne raison ?
L'une des questions les plus importantes que se pose le tribunal est de savoir pourquoi votre demande est retardée. Si le gouvernement peut fournir une explication et des preuves raisonnables et spécifiques du retard (par exemple, un contrôle de sécurité particulièrement complexe en cours ou l'attente d'une vérification des antécédents de plusieurs agences), le tribunal peut décider si l'attente, bien que longue, est justifiée. En revanche, si le gouvernement ne fournit aucune véritable explication ou ne propose que de vagues excuses, vos chances de succès augmentent.
En règle générale, une demande d'accès à l'information fournira plus de détails sur les raisons du retard, telles que les contrôles de sécurité.
La Cour fédérale a toujours indiqué clairement qu'une « déclaration générale » concernant les retards ne suffisait pas. Les autorités de l'immigration ont la responsabilité de fournir une explication satisfaisante d'un retard prolongé. Voici quelques points clés de la jurisprudence :
- « Contrôle de sécurité en attente » n'est pas une excuse adéquate : Le simple fait de dire qu'un contrôle de sécurité est en cours, sans plus de détails, ne satisfait pas le tribunal. Les juges ont rejeté l'idée selon laquelle ils devraient simplement croire le gouvernement sur parole sans aucune preuve. Dans Jahantigh c. Canada (Citoyenneté et Immigration), le permis d'études du demandeur a été retardé de plus de 3 ans en raison d'un examen de sécurité. La veille de l'audience de mandamus, IRCC a soudainement envoyé une lettre soulevant des problèmes de sécurité, mais n'a fourni aucune précision sur l'examen en cours ni sur les raisons pour lesquelles il prenait tant de temps. Le ministre a fait valoir qu'il n'avait pas pu obtenir plus de détails auprès de l'agence chargée de la vérification. La Cour n'était pas d'accord, soulignant que même les examens relatifs à la sécurité nationale devaient être soumis à la règle de la raisonnabilité [paragraphe 25]. Le juge a estimé que « s'il y a un long délai sans explication adéquate, un mandamus peut suivre ». Citant une décision antérieure, la Cour a noté que « le simple fait de dire... qu'une enquête de sécurité menée par le SCRS est en cours ne constitue pas une explication adéquate » pour expliquer un long délai. En d'autres termes, une excuse générique « autorisation de sécurité en attente » — sans aucun contexte ni détail sur les progrès réalisés — empêche la Cour de déterminer si l'attente est raisonnable. Dans Jahantigh, la Cour a finalement ordonné au gouvernement de fournir des rapports de situation tous les 30 jours, forçant ainsi l'avancement du dossier.
- Le gouvernement doit montrer ce qui a été fait : Dans un cas récent, Majidi c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2025 CF 680, un demandeur de résidence permanente (faisant partie d'un groupe de visa pour démarrage d'entreprise) avait attendu environ 5 ans. IRCC a souligné le fait que le membre de la famille d'un codemandeur n'avait toujours pas passé les contrôles de sécurité et a laissé entendre qu'il s'agissait d'un hold-up. La Cour a estimé que cette explication faisait défaut. Il n'y avait « tout simplement aucune information » sur l'examen de sécurité lui-même ou sur les raisons pour lesquelles il prenait tant de temps, ce qui « prive la Cour de sa capacité à évaluer si la durée de l'examen de sécurité [était] raisonnable ». [paragraphe 23] Le juge a comparé la réponse d'IRCC au type de « déclaration générale » inacceptable qu'un autre juge avait critiquée dans une affaire antérieure. En fin de compte, la Cour dans Majidi c. Canada n'était pas convaincu que le fait de dire que l'autorisation de sécurité d'une personne était toujours en attente (sans plus de détails) « constitue en soi une justification suffisante du retard » dans le traitement de la demande de M. Majidi. Cela correspond à un principe plus large : le service de l'immigration doit démontrer les efforts en cours ou les raisons spécifiques d'un retard extraordinaire, et pas simplement citer des facteurs généraux.
- Aucune explication ne peut faire échouer le dossier du gouvernement : Le pire scénario pour les autorités de l'immigration est de fournir peu ou pas d'explication pour expliquer un long délai. Dans Tousi c. Canada (Citoyenneté et Immigration), les demandeurs attendaient une décision depuis plus de 62 mois (plus de 5 ans). Le gouvernement a fait valoir que la demande de mandamus était prématurée ou erronée, mais il n'a fourni aucune justification raisonnable pour le retard de 62 mois. La Cour a clairement noté que les contrôles de sécurité en cours, à eux seuls, ne constituaient « pas une raison suffisante » pour justifier un tel retard. Essentiellement, si IRCC ne peut pas expliquer pourquoi vous attendez depuis si longtemps, ou si sa seule réponse est une phrase générique sans fondement, le tribunal est beaucoup plus susceptible de conclure que le délai est déraisonnable. Les juges ont même déclaré que les agents de l'immigration ne devraient pas s'attendre à ce que la Cour « accepte le retard sans preuve » de ce qui se passe.
- Les retards doivent être justifiés par la complexité de l'affaire : Si le retard est dû au fait que votre affaire implique réellement des problèmes complexes (par exemple, les contrôles de sécurité de plusieurs membres de la famille, la vérification du casier judiciaire de plusieurs pays ou d'autres complications), le gouvernement devrait expliquer cette complexité à la Cour. Un cas complexe peut justifier un délai plus long, mais seulement jusqu'à un certain point. L'essentiel est que l'explication soit suffisamment détaillée pour montrer à la Cour que le temps nécessaire est proportionné à la tâche. Une vague référence à la complexité ou à la charge de travail ne suffit pas ; elle doit être spécifique à chaque cas. Comme l'a indiqué un juge, « ce qui constituera une explication adéquate dépendra de la complexité relative des considérations de sécurité dans chaque cas ». Abdolkhaleghi c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration), par. 26. Une simple déclaration indiquant que des vérifications sont en cours, sans autre information, « empêche toute analyse de l'adéquation de l'explication ». En résumé, la transparence quant à la cause du retard (ou à son absence) influence fortement les résultats du mandamus : plus le délai est opaque, mieux c'est pour le cas du demandeur.
Répercussions sur le demandeur : souffrez-vous du retard ?
Un autre facteur que le tribunal peut prendre en compte est la façon dont le retard cause un préjudice au demandeur, ce que l'on appelle souvent un préjudice. Cela signifie qu'il faut examiner les conséquences négatives que l'attente prolongée a sur votre vie. Êtes-vous séparé de votre famille sans fin en vue ? Vous n'arrivez pas à trouver un emploi ou à fréquenter l'école ? Souffrez-vous de stress ou de problèmes de santé ? Bien que les tribunaux n'obligent pas chaque demandeur de mandamus à démontrer de graves difficultés personnelles, la preuve d'un préjudice important peut renforcer votre dossier.
- Les préjugés sont-ils nécessaires ? Un débat juridique a eu lieu sur la question de savoir si la démonstration d'un « préjudice important » est un élément nécessaire pour obtenir un mandamus. Dans le passé, certaines affaires de la Cour fédérale (à la suite de l'affaire Vaziri) suggéraient qu'un demandeur devait prouver qu'il avait subi un préjudice grave en raison du retard (traumatisme psychologique, perte financière, etc.) en plus de prouver que le retard était déraisonnable. Cependant, la jurisprudence récente indique qu'il ne s'agit pas d'une exigence stricte dans la plupart des cas. Par exemple, dans Tousi c. Canada, la Cour a examiné de nombreuses affaires aprèsVaziri et a fait observer que la majorité n'exigeait pas explicitement l'existence d'un préjudice significatif en tant que critère autonome. Dans l'affaire Tousi, le juge a estimé qu'il n'était pas justifié d'obliger les demandeurs à prouver un préjudice supplémentaire, car le principal problème en matière de délais de mandamus est le caractère raisonnable du délai lui-même, et non ses répercussions personnelles. En d'autres termes, si un délai est déraisonnablement long et inexpliqué, un mandamus peut être justifié même si le demandeur ne fait pas face à des difficultés extrêmes. L'injustice réside dans le retard lui-même. Néanmoins, d'un point de vue pratique, expliquer comment le retard vous affecte ne peut que vous aider. Il brosse un tableau plus complet des raisons pour lesquelles vous avez besoin d'une décision rapide. Bien que vous n'ayez pas besoin de démontrer, par exemple, les conséquences de votre vie ou de votre mort, vous devriez certainement décrire tout fardeau réel que l'attente a imposé à vous ou à votre famille. Cela peut renforcer l'équité des arguments en faveur d'un mandamus, même si, légalement, l'accent est mis sur le caractère déraisonnable du délai.
- Séparation familiale et difficultés : Les délais d'immigration peuvent être particulièrement difficiles lorsqu'ils séparent les familles ou mettent des vies en suspens. Si vous pouvez démontrer les difficultés spécifiques causées par l'attente, le tribunal en prendra note. Par exemple, dans un cas, un demandeur en attente de l'immigration de ses parents dans le cadre d'un programme de nomination provincial a démontré que le retard entraînait des problèmes de santé et financiers. Le tribunal a reconnu que le fait de demander à quelqu'un de simplement prendre des vacances pour rendre visite à sa famille « n'est pas la même chose que le regroupement familial » [Peng au paragraphe 29] et a reconnu que la séparation continue causait un réel préjudice. Ce type de preuve peut rendre un juge plus enclin à ordonner une décision rapide.
- Carrière et autres opportunités perdues : Les retards peuvent faire passer les candidats à un emploi, à une formation ou à des opportunités commerciales (en particulier dans le cas de programmes tels que les visas de démarrage ou les permis de travail). Si vous pouvez signaler des opportunités que vous avez perdues ou que vous ne pouvez pas saisir parce que votre statut est incertain, c'est une forme de préjugé. Les tribunaux ont relevé des situations dans lesquelles des demandeurs n'étaient pas en mesure de travailler ou de progresser dans la vie en raison des incertitudes liées à l'immigration.
La responsabilité du retard : le demandeur contre le gouvernement
Le tribunal examinera également qui est responsable de la lenteur du dossier. Les retards dans le traitement peuvent parfois être causés (ou prolongés) par le demandeur, ce qui affaiblit les arguments en faveur d'un mandamus. D'un autre côté, si vous avez rempli toutes vos obligations et que la balle est entièrement dans le camp du gouvernement, cela renforce votre position.
Envisagez les scénarios suivants :
- Retards causés par le demandeur: Si, en tant que demandeur, vous avez contribué au retard, le tribunal peut être moins sympathique. Par exemple, avez-vous soumis des formulaires incomplets ou des documents manquants ? Avez-vous tardé à répondre aux demandes d'informations supplémentaires ou d'examens médicaux des agents de l'immigration ? Avez-vous ajouté un membre de votre famille à votre demande en cours de traitement (ce qui peut relancer certains contrôles de sécurité) ? De tels facteurs peuvent remettre l'horloge à zéro ou au moins justifier un certain retard. Lors de l'examen d'une demande de mandamus, les juges examinent le calendrier pour déterminer si les délais étaient imputables aux actions du demandeur. Si le dossier montre que le temps d'attente est dû en partie au fait que le demandeur a dû corriger quelque chose ou n'a pas fourni d'informations rapidement, le tribunal peut ne pas tenir compte de ce délai lors de l'évaluation du caractère raisonnable. Essentiellement, le mandamus concerne l'inaction du gouvernement : il ne sera pas accordé si le retard est en partie de votre faute. Assurez-vous d'avoir fait tout ce qui était en votre pouvoir avant de prétendre que le retard est scandaleux.
- Retards causés par le gouvernement : Si le retard est entièrement dû aux autorités de l'immigration (par exemple, attente de vérifications d'antécédents, dossier bloqué dans une file d'attente, arriérés administratifs) et que vous avez satisfait à toutes les exigences, la responsabilité incombe au gouvernement. Dans de tels cas, le tribunal se concentre sur la question de savoir si les fonctionnaires n'ont pas agi dans un délai raisonnable. Comme nous l'avons vu plus haut, le gouvernement doit alors justifier pourquoi il n'a pas terminé le processus. Dans le cas de Majidi, les demandeurs avaient fait tout ce dont ils avaient besoin pour leur demande de visa de démarrage d'entreprise ; la seule chose en suspens était l'autorisation de sécurité du gouvernement pour le membre de la famille de quelqu'un, sans aucune raison claire pour laquelle elle était toujours en attente. Comme les demandeurs n'étaient pas eux-mêmes à l'origine du retard, il incombait entièrement au gouvernement d'expliquer le retard (ce qu'il n'a pas fait de manière adéquate). Plus votre dossier est propre, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun retard contributif, plus votre dossier de mandamus est solide.
- Préoccupations liées au « saut de file d'attente » : Les tribunaux sont conscients que l'octroi d'un mandamus dans un cas ne devrait pas injustement donner à ce demandeur une longueur d'avance sur les autres qui attendent également. Si tous les participants à un programme en particulier sont confrontés à de longues attentes en raison d'un volume élevé, un juge peut être prudent. En fait, la Cour fédérale a déclaré que le mandamus n'est généralement pas ordonné simplement pour permettre à une personne de « sauter la file d'attente » avant d'autres candidats occupant des postes similaires. Cela revient à un retard vraiment excessif ou spécial. Vous devez démontrer que votre retard n'est pas simplement dû à un arriéré normal que de nombreuses autres personnes endurent, mais qu'il dépasse l'ordinaire. Si, par exemple, la plupart des demandes comme la vôtre font l'objet d'une décision en deux ans et que vous en attendez cinq, vous pouvez faire valoir que vous n'essayez pas simplement de devancer les autres : votre attente est une exception. D'un autre côté, si des milliers d'autres personnes ont le même temps d'attente que vous, un tribunal pourrait décider qu'un mandamus serait injuste pour ces autres demandeurs, à moins que vous n'ayez un autre facteur distinctif (comme des difficultés graves). En résumé, les tribunaux tiendront compte du contexte général pour s'assurer qu'ils ne se contentent pas de réorganiser la file d'attente de traitement d'IRCC sans raison valable.
Conclusion : évaluez vos perspectives de mandamus
Pour évaluer les chances de succès d'une demande de mandamus dans votre dossier d'immigration, examinez honnêtement les quatre facteurs ci-dessus :
- Combien de temps avez-vous attendu par rapport aux délais de traitement habituels ? Si votre attente approche ou dépasse de loin ce qui est normal pour votre type de candidature, surtout des années, cela penche en votre faveur, mais n'oubliez pas qu'un délai modéré (même légèrement supérieur aux heures publiées) ne suffit généralement pas à lui seul.
- Quelles sont les raisons (le cas échéant) données par IRCC pour expliquer ce retard ? Une raison précise et crédible (comme une enquête de sécurité complexe qu'ils peuvent étayer) peut justifier la patience, alors qu'aucune raison ou seulement de vagues déclarations renforcent vos arguments en faveur d'une intervention judiciaire. La loi est claire : les longs délais exigent de bonnes explications, et « simplement indiquer » qu'un contrôle de sécurité est en cours « n'est pas une explication adéquate ».
- Quel est l'impact de ce retard sur vous ? Bien que cela ne soit pas obligatoire dans tous les cas, la démonstration de préjugés tangibles (séparation de la famille, stagnation de carrière, difficultés émotionnelles ou financières) peut étayer l'argument selon lequel attendre indéfiniment n'est pas acceptable. Il personnalise le préjudice causé par le retard et peut faire pencher la balance dans un cas fermé.
- Avez-vous tout fait correctement de votre côté ? Si le retard n'est pas du tout de votre faute, l'accent reste mis sur l'inaction du gouvernement. Assurez-vous d'avoir fourni toutes les informations et d'avoir fait le suivi approprié (il est souvent judicieux d'écrire à IRCC pour lui faire part du délai avant d'aller devant le tribunal). Le mandamus est considéré comme un « dernier recours ». Dans l'idéal, vous devriez donner au bureau des visas la possibilité de corriger le délai (ou au moins de lui demander des mises à jour sur la situation) avant de demander à un juge d'intervenir.
En fin de compte, une affaire de mandamus réussie démontrera généralement que le délai est déraisonnable au point de constituer un déni d'équité, le demandeur ayant rempli toutes ses obligations et le gouvernement ne s'acquittant pas de ses obligations en temps opportun. Si les faits de votre situation concordent avec les exemples de retards injustifiés dont nous avons parlé, par exemple attendre de nombreuses années sans aucune explication valable, alors une demande de mandamus pourrait en effet avoir de bonnes chances. Toutefois, si votre affaire suit les délais de traitement normaux ou n'est que légèrement dépassé, ou s'il existe des raisons compréhensibles expliquant l'attente, la Cour est susceptible de refuser le mandamus, du moins jusqu'à ce que le temps passe.
Avant de se lancer dans un litige, il est souvent préférable de demander un avis juridique. Marin Immigration Law peut comparer votre cas aux dernières décisions de mandamus et vous aider à déterminer si votre retard serait probablement considéré comme « déraisonnable » par la Cour. Comme le montrent les affaires, il faut faire preuve de patience jusqu'à un certain point, mais une fois ce point passé et surtout si le silence d'IRCC n'est pas expliqué, la Cour fédérale est prête à agir. En évaluant la durée du retard, les explications données, le préjudice que vous avez subi et les personnes à l'origine du blocage, vous pouvez vous faire une idée plus précise de la situation dans laquelle vous vous trouvez et, par conséquent, des chances de succès d'une demande de mandamus.
Dans l'ensemble, le mandamus reste un outil puissant pour les affaires d'immigration bloquées, mais il est réservé aux cas où la justice exige vraiment une décision rapide. Utilisez-le à bon escient et avec une base de preuves solide, et vous maximiserez vos chances de succès en obtenant enfin une réponse sur votre parcours d'immigration.
Sources :
Abdolkhaleghi c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration), 2005 CF 729 (« Ce qui constituera une explication adéquate dépendra bien entendu de la complexité relative des considérations de sécurité dans chaque cas ») : https://canlii.ca/t/1kx54
Bidgoly c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2022 CF 283, par. 33 (chaque affaire de mandamus dépend de ses faits ; il n'existe pas de norme unique en matière de délai) : https://canlii.ca/t/jmqk0
Cheloei c. Canada, 2025 CF 820 (délai de 18 mois pour le demandeur ayant effectué son service militaire au sein du CGRI ; jugé non déraisonnable étant donné que l'IRCC prenait des mesures et un retard dépassant les estimations du site Web ne constitue pas à lui seul un motif de mandamus) : https://canlii.ca/t/kc1qg
Jaballah c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2024 CF 163 (parrainage d'un conjoint retardé d'environ 7 ans ; mandamus accordé car le délai était déraisonnable et injustifié) : https://canlii.ca/t/k2lf0
Jahantigh c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2023 CF 1253, aux paragraphes 19 et 22 (délai de 38 mois pour l'obtention d'un permis d'études ; le tribunal rejette une vague explication de retard pour des raisons de sécurité, invoquant le principe selon lequel un long délai sans explication adéquate peut justifier un mandamus) : https://canlii.ca/t/k06c1
Jia c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2014 CF 596 (CanLII), [2015] 3 FCR 143 (les délais de traitement de l'IRCC ne sont pas contraignants) : https://canlii.ca/t/g7r5q
Majidi c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2025 CF 680, par. 23 (délai de 5 ans pour le visa de démarrage d'entreprise ; la cour critique l'explication « générale » du délai de sécurité qui manque de détails) : https://canlii.ca/t/kbjl4
Mersad c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2014 CF 543 (le mandamus ne sera pas accordé uniquement pour permettre à un demandeur de passer devant les autres) : https://canlii.ca/t/g79bt
Peng c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2025 CF 2, paragraphes 28 et 29 (séparation familiale et problèmes de santé considérés comme un préjudice causé par un retard) https://canlii.ca/t/k8jcj
Peng c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2025 CF 2, paragraphe 29 (« prendre des vacances n'est pas synonyme de regroupement familial ») : https://canlii.ca/t/k8jcj
Sowane c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2024 CF 224 (demande de représentation proportionnelle retardée d'environ 59 mois sans aucune justification satisfaisante) https://canlii.ca/t/k2r0w
Tousi c. Canada (Citoyenneté et Immigration), 2025 CF 671, par. 4 (délai de 62 mois ; il incombe au ministre d'expliquer le retard, les déclarations générales de « contrôle de sécurité » sont insuffisantes) : https://canlii.ca/t/kbhxk
Vaziri c. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration), 2006 CF 1159, paragraphe 58 (origine de l'exigence d'un « préjudice important », mise en doute par des affaires récentes) : https://canlii.ca/t/1pp25
Réservez un appel avec Cédric Marin, avocat spécialisé en droit de l'immigration. Cédric Marin, Immigration Lawyer. Que vous présentiez une demande pour la première fois ou que vous essayiez d'annuler un refus, je vous assure une représentation juridique individuelle pour obtenir des résultats. Pas d'assistants juridiques. Aucun conseil générique. Il suffit de remplir des demandes bien préparées et de bénéficier d'un soutien stratégique en cas de problème. Voyons comment faire avancer votre dossier avec succès.
Avertissement : Les informations fournies sur ce blog sont fournies à des fins d'information générale et ne constituent pas des conseils juridiques. Les informations ne remplacent pas les conseils juridiques professionnels et peuvent ne pas vous convenir. Ne vous fiez pas exclusivement à ce blog. Effectuez toujours vos propres recherches et faites preuve de diligence raisonnable. Bien que nous nous efforcions de fournir des informations précises et à jour, les lois et réglementations en matière d'immigration peuvent varier et évoluer au fil du temps. Il est important de consulter un avocat spécialisé en droit de l'immigration si vous ne savez pas comment procéder.




.jpg)
